
Au fil des années, mes clients ont pris l’habitude de nos discussions à bâtons rompus devant mon étal au marché. Parfois, ils passent juste pour me dire quelque chose comme « Alors, l’idée que vous m’avez donnée l’autre jour pour mon dessert, c’était génial, j’ai fait un malheur ! ». Ou bien, ils viennent avec un papier à la main et me disent avec un grand sourire « Tenez, c’est pour vous, c’est la recette dont je vous ai parlé l’autre jour ».
On s’amuse bien. On se raconte nos essais, on échange nos astuces.
Et l’autre jour, un grand coup de soleil dans un matinée humide et hivernale. Une cliente arrive et me dit, avec beaucoup de soulagement dans la voix : « Ah vous êtes là, tant mieux ! ». Et là, elle me raconte qu’étant en panne du curry Madras qu’elle m’achète régulièrement, elle en a acheté « chez H….d » (la modestie m’empêche d’écrire le nom en entier mais je sais que vous comprendrez …). Avec colère elle me déclare : « J’avais un dîner, j’ai eu la honte de ma vie, aucun goût, aucune saveur !!! Ah, j’étais dégoûtée, j’ai tout jeté ! Donnez-m’en vite une double dose, il faut que je refasse mon stock ! ».
Quant à moi, ça m’a filé la pêche pour toute la journée !
Comme quoi, sortir les épices de l’élitisme, c’est un beau cadeau à se faire…
Allez, libérons les épices !